Déc 2014 02

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Pourquoi et comment avez-vous adopté les Éco’Gestes ?

Posté dans Actualités, Restez au courant

Avec l’arrivée de l’hiver, la démarche ÉcoWatt est encore d’actualité. Elle a pour objectif d’inciter à modérer la consommation d’électricité aux moments des pointes de consommation, entre 18h et 20h. Après 4 hivers, l’intérêt que vous portez à cette démarche éco-citoyenne est visible :

  • Vous êtes plus de 26 000 inscrits aujourd’hui, et ce nombre continue d’augmenter chaque année.
  • Lors des dernières alertes déclenchées, RTE a pu constater une baisse du pic de consommation de 2 à 3% liée à la mise en œuvre de gestes de modération.

Pourquoi et comment avez-vous adopté ces gestes ? Pour essayer de répondre à cette question, l’équipe d’ÉcoWatt PACA a rencontré deux sociologues qui travaillent sur les usages de l’énergie, Christèle Assegond et Jean-Philippe Fouquet, co-responsables du CETU ETI(C)S au sein de l’Université François Rabelais Tours.

Ils nous font part de leurs enseignements en la matière, à travers leur expérience de terrain : facteur temps, désir de bien faire, volonté de comprendre et nécessité de rendre tangible, voici les quelques clés qu’ils nous livrent sur la façon dont tout un chacun peut être amené à adopter les bons gestes ÉcoWatt.

Le facteur temps et le désir de bien faire

Prenons du recul en considérant l’exemple de l’évolution des Éco’Gestes sur les déchets. Actuellement, la grande majorité des Français s’est mise au tri sélectif. « Ça a pris à peine 15 ans : c’est un battement de cil à l’échelle de l’évolution des comportements, c’est allé très vite. Avec l’apparition même d’un jugement réprobateur sur la frange de la population qui n’a pas pris le pli. Et pourtant, trier, ça coûte cher et c’est contraignant. Alors pourquoi les Français le font-ils ? Quelle est leur motivation ? C’est le simple désir de bien faire. » (Jean-Philippe Fouquet)

La population s’interroge : comment agir ? Comment hiérarchiser les priorités ? Et le désir de bien faire est tout à fait réel. « Dans les campagnes de sensibilisation environnementale en général ou plus spécifiquement d’incitation aux Éco’Gestes, on part en général du principe que la population est inconséquente, peu attentive, et peu volontaire. C’est faux. La population est intéressée et voudrait même en savoir plus. », indique Christèle Assegond.

Comprendre pour passer à l’acte

De façon générale, l’énergie ne représente pas encore une priorité pour la population. Le niveau de priorité augmente un peu lorsque la facture atterrit dans la boîte aux lettres, puis retombe aussitôt… Or, le fait d’encourager la mise en place Éco’Gestes, conduit naturellement la population à s’interroger sur son rapport à l’énergie de façon forte et durable. « S’interroger sur les Éco’Gestes permet de s’interroger véritablement sur le rapport à l’énergie et permet de faire remonter le niveau de priorité. Mettre en place une démarche d’Éco’Geste implique donc une approche pédagogique forte » (Jean-Philippe Fouquet).

Prenons le cas d’une expérimentation terrain réalisée dernièrement : un logement dans lequel il y a deux réfrigérateurs, dont l’un est à la cave et ne sert que lors d’évènements exceptionnels. Il se trouve tout de même que ce deuxième réfrigérateur tourne toute l’année. La simple indication du chiffre de consommation à l’année délivrée par l’Agence Locale de l’Énergie aux habitants a entrainé une prise de conscience et a motivé des ménages à arrêter le deuxième réfrigérateur.

Il s’agit d’un Éco’Geste de bon sens, adapté à un foyer, en dehors de toute liste préétablie, avec un chiffrage tangible qui rend l’Éco’Geste évident. C’est là tout l’intérêt que peuvent représenter les wattmètres pour prendre conscience des consommations cachées : l’ordinateur en veille, ou le chargeur laissé inutilement branché sur une prise.

La population a besoin de compréhension nécessaire pour adapter son comportement et ses habitudes du quotidien. Une fois que la bonne information a été donnée, la décision et le passage à l’acte se font naturellement.

Les limites de l’argument pécuniaire

« Il faut s’adresser à l’intelligence de la population, pas à son porte-monnaie » (Christèle Assegond). En effet, il n’est pas évident d’affirmer qu’un Éco’Geste permet d’économiser de l’argent de façon générale. Les factures d’énergie ne le permettent pas de l’affirmer, car ce n’est pas visible et si dans certains cas, cela peut s’avérer exact, l’impact est très faible à l’échelle d’un foyer. D’ailleurs, plus généralement, avec le coût de l’énergie qui augmente, les économies engendrées sont difficilement invisibles sur les factures.

De plus,  l’augmentation du prix de l’essence l’a bien prouvé, ce n’est pas non plus en augmentant le prix de l’électricité que cela va changer les usages… L’argument pécuniaire n’est en tout cas le plus efficace pour provoquer le passage à l’acte.

Les limites du discours sur les économies d’énergie

« Parallèlement aux discours fallacieux sur les économies financières, on relève aussi des discours improbables sur les économies d’énergie, du type : vous allez pouvoir faire jusqu’à 30% ou 40% d’énergie en faisant telle action. Quand RTE dit que grâce aux alertes ÉcoWatt et à la mise en œuvre des Éco’Gestes, on arrive à mesurer une baisse de consommation de l’ordre de 2 à 3%, c’est tout à fait crédible. Et c’est même remarquable. Mais parler de 30 ou 40% d’économie, ça fausse tout juste repère » indique Jean-Philippe Fouquet.

Il est donc primordial d’être mesuré et vrai dans les arguments utilisés en faveur d’une démarche de sobriété énergétique.

On observe alors deux clés de succès : placer l’usager au cœur de la réflexion sur les Éco’Gestes et rendre tangibles

Il faut adapter les Éco’Gestes en fonction des usages. « Si on prend l’exemple de la voiture et des incitations diverses et variées (transport en commun, co-voiturage etc.), ça fait 15 ans qu’il ne se passe rien. Pourtant, les alternatives existent depuis le début. Ça ne bouge pas parce qu’on ne prend pas en compte les usages, la vraie vie. » (Jean-Philippe Fouquet)

« Prenons l’exemple d’une expérience d’effacement sur le créneau 18-20h dans le cadre d’un smartgrid. Une des personnes faisant partie de l’expérience a indiqué : « peu importe ce que vous me demandez, faut que je fasse cuire mon poulet, je vais faire cuire mon poulet ». C’est à prendre en compte. » (Jean-Philippe Fouquet) Et il en est de même pour le tertiaire : comment fait-on sans que ça devienne épineux ? Il faut donc convoquer l’occupant en amont pour construire le bon discours ?

Revenons à l’exemple des déchets et du tri sélectif, aujourd’hui, lorsqu’on achète un produit, on imagine sans aucune difficulté le parcours du déchet, parce qu’on a été informé par le biais de documentaires sur le sujet, ou parce qu’on a eu l’occasion de visiter un centre de tri avec l’école… L’énergie et l’électricité sont encore très « virtuelles ». Il va falloir d’une manière ou d’une autre les rendre tangibles dans l’expérience que les gens en font au quotidien,

  • que ce soit à travers l’indication de chiffres clés qui parlent au plus grand nombre, aussi bien au niveau collectif qu’au niveau individuel,
  • que ce soit à travers l’utilisation d’appareils tels que les wattmètres, ou de dispositifs démonstratifs tels que le Showroom Nice Grid,
  • ou que ce soit à travers des retours d’expérience ou des partages de bonnes pratiques tel que les verbatims du mur des ÉcoW’acteurs.
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